« Moi, je n’étais pas seul pour affronter ce chaos : j’avais des ressources et des contacts »
Heddy R., victime d'un guet-apens homophobe à Nice en février 2025, partager son expérience afin de sensibiliser aux risques et contribuer à mieux outiller la prévention.
Heddy R., bénévole à SOS homophobie depuis 5 ans, a été victime d’un guet-apens homophobe en février 2025 à Nice.
Que s’est-il passé le jour de ton agression ?
J’échangeais avec un garçon sur l’application Grindr, et nous avons décidé de nous rencontrer. Nous nous sommes donné rendez-vous à Nice, dans une rue passante. Une fois arrivé sur place, j’ai mis un peu de temps à le trouver, puis j’ai fini par le croiser. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte qu’il ne ressemblait pas du tout à la photo qu’il m’avait envoyée, et qu’il était accompagné d’une autre personne, et qu’ils avaient tous les deux l’air très jeunes. Ce sont les questions qui me sont venues juste avant que tout bascule.
Comment s’est-déroulée l’agression ?
Nous avons échangé quelques banalités, puis tout est allé très vite. J’ai suivi le garçon avec qui j’avais rendez-vous dans une impasse attenante à l’Avenue de Flores, pensant aller chez lui, tandis que son ami est resté en contrebas. J’ai compris plus tard qu’il faisait le guet. Dans l’impasse, le ton du garçon a changé : il m’a demandé de l’argent, m’a plaqué contre un mur, m’a étranglé et pris mon téléphone portable. Au bout d’un moment, j’ai perdu connaissance. Je me suis réveillé environ une heure plus tard, seul dans la ruelle.
Quel a été ton premier réflexe lorsque tu as repris connaissance ?
J’étais en état de sidération, dans un véritable trou noir, et ma tête avait sans doute heurté le mur. Tant bien que mal, je me suis relevé. J’ai demandé de l’aide aux passants et aux commerçants, puis je suis allé directement aux urgences. J’ai déposé plainte dès le lendemain.
As-tu eu des séquelles suite à l’agression ?
Oui, d’abord physiques : j’ai eu quatre jours d’ITT. Pendant deux mois, je pouvais à peine marcher, et manger était presque impossible à cause de ma mâchoire abîmée. J’ai eu des contusions aux lèvres, aux mains et un traumatisme crânien. Les trois premiers jours, je ne dormais qu’une à deux heures par nuit. Aujourd’hui, il me reste surtout des séquelles psychologiques : la peur de sortir, d’être à nouveau agressé, de jour comme de nuit, car j’ai été attaqué en pleine journée. J’ai encore du mal à supporter le bruit de pas derrière moi.
Pourquoi avoir choisi de témoigner publiquement sur ton agression ?
Parce que je veux que ce qui m’est arrivé ne se reproduise plus jamais. J’ai eu la chance d’être sensibilisé aux questions de haine anti-LGBT+, de connaître mes droits et de savoir comment porter plainte. Et surtout, le réconfort de mes proches, ainsi que les nombreux messages de solidarité reçus de centaines de personnes que je remercie profondément. Je souhaite exprimer ma sincère reconnaissance et ma profonde gratitude à l’association SOS homophobie ainsi qu’au Centre LGBTQIA+ Côte d’Azur pour le soutien précieux qui m’a été apporté après mon agression.
As-tu un message à faire passer ?
Moi, je n’étais pas seul pour affronter ce chaos : j’avais des ressources et des contacts. Lorsqu’une agression verbale ou physique survient, que vous en soyez témoin ou victime, il ne faut pas hésiter à contacter une association LGBT+. Chez SOS homophobie, depuis 1994 nous avons une ligne d’écoute nationale, gratuite et anonyme. Nos bénévoles sont sensibilisés pour accueillir la parole des victimes, notamment celles de guet-apens.