Entretien avec une experte des guets-apens LGBTphobes

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Dans le cadre de la conception du Guide de prévention des guets-apens LGBTphobes, la DILCRAH recueilli la parole experte de Flora Bolter, qui a apporté son éclairage sur les dynamiques de ces violences et les leviers de prévention.

Flora Bolter est co-directrice de l’Observatoire LGBTI+ de la Fondation Jean Jaurès et autrice du rapport « Briser le silence : les guets-apens anti-LGBTI+ et leurs victimes » (2024).

 

Qu’appelle-t-on un guet-apens homophobe ?

Un guet-apens homophobe, c’est un rendez-vous qui est détourné par des personnes qui s’en servent pour commettre des violences ou des menaces contre une personne LGBT+. Cela peut prendre des formes très diverses : violences verbales, agressions physiques, extorsion d’argent et parfois même violence sexuelle. Ce qui est central, c’est le ciblage de personnes LGBT+, en partant du principe qu’elles n’iront pas porter plainte. On est clairement dans des faits motivés par l’orientation sexuelle, ce qui correspond à une circonstance aggravante prévue par la loi.

 

Pourquoi les agresseurs ciblent des personnes LGBT+ ?

Parce que les personnes LGBT+ portent rarement plainte. Les enquêtes montrent qu’à peine 20 % des victimes de délits ou crimes anti-LGBT+ signalent les faits. Le guet-apens repose justement sur cette logique de huis clos : seule la victime et ses agresseurs savent vraiment ce qui s’est passé.

 

Qu’est-ce que les plateformes de rencontre ont changé dans les rencontres ?

La multiplication des guets-apens reflète aussi l’évolution des modes de socialisation. Avant l’ère numérique, les lieux communautaires LGBT+ jouaient un rôle de refuge. Si quelqu’un était agressé à la sortie d’un bar gay, par exemple, d’autres pouvaient réagir : il y avait des témoins. Avec les applications, les rencontres sont beaucoup plus nombreuses, ce qui est une avancée importante, mais ces outils peuvent aussi être détournés. Ils permettent à des agresseurs de tendre des pièges dans des conditions d’isolement, là où il n’y a personne pour intervenir.

 

Pourquoi les victimes portent-elles aussi peu plainte ?

Le contexte sexuel est souvent un frein : les victimes hésitent à parler, à signaler les faits ou à donner toutes les informations utiles, alors même qu’elles pourraient constituer des preuves. Par honte ou parce que la personne qui recueille la plainte ne pose pas les bonnes questions, certains éléments disparaissent et les faits ne sont pas toujours qualifiés comme homophobes. Les victimes peuvent avoir peur d’être confrontées à des remarques LGBTphobes ou être découragées par le sentiment que « ça ne sert à rien », les victimes finissent par se taire. C’est une forme de re‑victimisation, qui réactive des années de discriminations subies.

 

Comment libérer la parole des victimes ?

Il faut un vrai travail collectif sur la manière dont on considère les victimes, pour que la honte change de camp. Aujourd’hui encore, notre culture, nos blagues, nos stéréotypes contribuent à justifier la haine anti-LGBT+ et pèsent lourdement sur les épaules des victimes. Mais les représentations évoluent : on l’a vu avec les violences sexistes et sexuelles. Rien n’empêche le même mouvement sur les LGBTphobies. Pour y parvenir, il faut commencer par écouter les victimes. Briser le silence, c’est la première étape.

 

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