Entretien avec un policier sur les guets-apens LGBTphobes
Dans le cadre de la conception du Guide de prévention des guets-apens LGBTphobes porté par la DILCRAH, la DILCRAH a échangé avec un policier membre de l’association FLAG!, qui a apporté son expertise de terrain sur la prise en charge des victimes de guets-apens LGBTphobes.
Créée en 2001, FLAG! est l’association des agents du ministère de l’Intérieur et du ministère de la Justice engagés dans la lutte contre les haines et les discriminations anti-LGBT+.
Que faire lorsque l’on est victime d’un guet‑apens homophobe ?
Avant tout, il faut essayer de prévenir ces situations. Cela passe par des gestes simples : prévenir une personne de confiance avant de se rendre à un rendez‑vous pris en ligne, lui indiquer le lieu et l’heure du rendez‑vous ou encore partager sa géolocalisation. En cas d’agression, la priorité absolue demeure la prise en charge médicale. Si la victime est blessée, il faut avant tout qu’elle se fasse soigner avant de déposer plainte.
Dans les cas de guet-apens impliquant des violences sexuelles, il est essentiel de faire constater les faits au plus vite : conserver les vêtements, ne pas se laver, garder tout élément pouvant servir à l’identification de l’agresseur (sang, sécrétions, ADN, etc.). Les services hospitaliers sont également formés à la prise en charge des violences sexuelles et travaillent en lien avec les officiers de police judiciaire pour préserver les preuves. Une fois l’urgence médicale traitée, la victime peut porter plainte dans un commissariat de police ou une brigade de gendarmerie. Dans certaines situations, les forces de l’ordre peuvent également se déplacer à l’hôpital pour y recueillir directement la plainte.
Que diriez-vous aux victimes qui hésitent à porter plainte ?
Il est fondamental que les victimes n’éprouvent aucune honte. La honte ou la culpabilité ajoutent une forme de double peine. En tant que policier ou gendarme, nous avons le devoir de prendre du recul et de ne jamais juger la victime, tout comme le font les médecins, les secours ou les associations. Lorsque nous recevons une plainte, notre rôle est d’écouter, d’assister et d’accompagner. Personne ne doit se dire qu’il ou elle est responsable du guet‑apens dont elle a été victime. Chercher une relation, en ligne ou ailleurs, ne justifie ni la violence, ni la haine.
Pourquoi le moment du dépôt de plainte est-il crucial lorsqu’on a été victime d’une agression homophobe ?
Parce que c’est à ce moment-là que la qualification des faits se joue. Si une personne est agressée en raison de son orientation sexuelle : c’est un acte de haine qui doit être puni comme tel. Il est donc essentiel que la victime raconte précisément le déroulé des faits, sans omettre le contexte, comme par exemple lorsque la rencontre a eu lieu via une application LGBT+. Ces éléments permettent de reconnaître la motivation homophobe et d’aggraver la qualification de l’infraction. Au sein de FLAG!, nous formons régulièrement les policiers et gendarmes à mieux identifier ces situations.
L’objectif est de lever les incompréhensions et de leur donner des outils concrets pour repérer et traiter correctement les guets‑apens homophobes. Nous avons aussi une application mobile pour signaler anonymement les discriminations et violences LGBTphobes. Elle oriente les victimes vers les bons acteurs et recense des lieux « En Lieu Sûr » pour se mettre à l’abri. N’hésitez pas à l’utiliser pour signaler ou trouver de l’aide.
Guide de prévention des guets-apens LGBTphobes
PDF - 1 386.7 Ko