Entretien avec SOS homophobie sur les guets-apens LGBTphobes
Dans le cadre de la conception du Guide de prévention des guets-apens LGBTphobes, la DILCRAH a échangé avec la présidente de SOS homophobie sur l’ampleur et les mécanismes des guets-apens homophobes, ainsi que sur l'accompagnement des victimes.
Julia Torlet est présidente de SOS homophobie, association reconnue d’intérêt général, qui lutte contre la lesbophobie, la gayphobie, la biphobie, la transphobie et l’intersexophobie.
Où en est le phénomène des guets‑apens homophobes aujourd’hui ?
Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais ce qu’on observe, c’est qu’il est en recrudescence depuis 5 ans à peu près. Il est favorisé par des plateformes qui permettent à la fois l’anonymat des agresseurs, un repérage plus facile des victimes qu’avant et une prise de rendez-vous très facile et très rapide. Tout cela a donc favorisé le phénomène des guets-apens, dont une grosse vague a eu lieu avec le site Coco et d’autres sites assez similaires qui ne permettaient aucunement de vérifier l’identité des personnes qui s’y connectaient et qui s’y donnaient rendez-vous.
Maintenant que le site Coco a fermé, les applications de rencontre traditionnelles restent tout de même des plateformes privilégiées pour ce type de pratique, avec néanmoins quelques filtres que l’on espère de plus en plus efficaces au fil du temps, permettant d’identifier les personnes connectées, mais cela reste encore très difficile.
D’après vos observations, quelles sont les motivations de ces guets‑apens ?
Premièrement, les guets-apens s’appuient sur l’idée que les hommes gays seraient particulièrement vulnérables, parce que moins aptes à se défendre que d’autres types de populations. Il y a aussi l’idée que les hommes gays seraient une population assez fortunée et qu’ils constitueraient donc de bonnes « proies » pour des vols, des actes crapuleux et des violences physiques. Ensuite, il y a l’idée que les hommes gays seraient tenus par la honte d’être tombés dans un guet-apens et qu’ils iraient donc moins porter plainte.
Comment accompagnez-vous les victimes de guet-apens ?
Nous avons surtout deux profils de victimes. D’une part, nous avons des victimes qui nous appellent « à froid », c’est-à-dire qu’elles ont déjà fait des démarches sur le plan juridique (appel aux secours en cas d’agression physique, dépôt de plainte…). Dans ces cas-là, elles nous appellent pour avoir un accompagnement humain, quelqu’un à qui parler, auprès de qui témoigner. Pour certains, il s’agit de déposer ce qu’ils ont vécu à une oreille attentive et bienveillante, pour d’autres, il s’agit de laisser une trace de leur vécu, afin que leur témoignage fasse partie des chiffres mis en avant dans le rapport annuel de SOS homophobie.
D’autre part, c’est plus rare, mais nous avons des victimes qui nous appellent « à chaud », non pas immédiatement à la suite de l’agression, mais avant d’avoir effectué toute démarche. Dans ce cas-là, il y a évidemment aussi un accompagnement humain qui consiste à entendre et recueillir le témoignage, mais également des conseils sur ce qui peut être fait. Nous informons alors des possibilités de déposer plainte, sans jamais vraiment inciter, mais en expliquant les avantages qui peuvent y être liés. Si la victime veut engager un cheminement juridique, nous avons une équipe de soutien juridique qui peut l’accompagner jusqu’au tribunal et s’il le faut, se constituer partie civile.
Comment les victimes peuvent-elles entrer en contact avec SOS homophobie ?
Nous avons une ligne d’écoute, qui est historique, mais aussi une version chat‑écoute et un dépôt de témoignages en ligne pour passer par l’écrit. Nous avons également une version pour les plus jeunes, « courriel jeunes », qui consiste en un échange par mail avec des personnes formées pour parler à la jeunesse.
Guide de prévention des guets-apens LGBTphobes
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